Noir. Couleur dominante de mon état d'esprit.
Ténèbres. Lieu où j'ai élu domicile.
Haine. Sentiment qui m'habite et me hante.
Vide. État de mon c½ur lacéré.
Je n'ai pas pu te dire au revoir. La vie t'a arraché de moi pour te destiner à la mort.
Je n'ai pas pu te dire au revoir. La vie m'a planté un pieu dans le c½ur. Un pieu qui le maintient endolorit et qui ne lui permet pas d'exploser. Pourtant, l'explosion me serait vitale. Le choc libérerait l'oxygène qui me manque. Tout n'est plus qu'illusion autour de moi, tout n'est plus qu'éphémère. Poussière. Calomnies. Mensonge. Colère. Incompréhension. Indifférence. Je vis dans un monde qui m'est étranger. Sa transparence me répugne. Ils courent tous, à une vitesse folle, ils me désarment, me montre encore plus mon état pitoyable dont j'ai conscience. Ils m'assomment de leur allégresse, de leur insouciance.
Mes espoirs sont ligaturés depuis qu'on t'a arraché de moi. Ma vie aussi. Il n'y a que mes larmes qui ne veulent pas s'estomper, et ce myocarde, qui trouve encore la force de battre tous les jours alors qu'il est totalement brisé. Je n'arrive plus à avancer. L'arc-en-ciel de mon existence s'en est allé.
Je me souviens, la première fois que je t'ai sentie. J'ai connu alors l'origine de la symétrie. J'ai compris à ce moment-là pourquoi la terre tournait. Je savais, par ta présence en mon être, que tu étais l'être le plus important à ma vie. La personne pour qui je respirais. Celle que je protégerais envers et contre tout. Celle pour qui je me sacrifierais s'il le fallait. Je t'ai donné ma vie, à ce moment-là.
Je me souviens, la première fois que je t'ai eue dans mes bras. Tu étais si belle. Tes pommettes étaient déjà saillantes, tes lèvres carminés esquissaient déjà les profonds sourires que tu as toujours su adresser à la vie. Tu avais les cheveux ébouriffés, de beaux yeux ébahis par les nouvelles choses que tu découvrais. Je t'ai donné mon âme, ce jour-là.
Je n'ai pas pu te dire au revoir. Je ne peux pas te dire au revoir. Tu es le fruit de mes entrailles. Mon sang, ma vie. Si je suis sur Terre, c'est parce que je suis bercée par les illusions que tu m'envoies de ton paradis. Espoir chétif de ta présence ailleurs, dans un endroit que nous seules pouvons connaître et que je finirais par dénicher un jour. Je te vois. Dans la rue, à la maison, dans le parc, dans mes rêves. Partout. Je te vois dans chaque enfant qui joue, qui rit, qui pleure. Je cherche tes boucles blondes. Et puis je me souviens, de ce jour maudit où la vie m'a abattue. Et je tombe. Plus bas que terre. En enfer. Dans ce monde où tu n'es plus. Ce monde où j'erre, où mon apparence spectrale s'efface seconde après seconde.
Je vomis ton absence. Je crache ton silence. Et je m'enfonce, dans la sécheresse d'une vie terne et sans couleur, dans les racines d'un monde sans soleil.
Tu étais l'arc-en-ciel de mon existence. L'écho de ton rire résonne encore jusque dans la moelle de mes os. Tu as été ce papillon qui s'envole trop tôt. Et je suis cette marque de toi, indélébile et fragile. Cette peluche oubliée dans un parc, vieillie par les effluves du temps et de l'usure. Je suis ce reste de toi, ce souvenir de ton existence. Je suis cette mère qui n'a plus de but, puisqu'elle a perdu son enfant.